Chapitre1.
Allongée sur un lit froid et dur, un lit qui n'est pas le mien, j'attends. J'ai les yeux ouverts, je fixe le plafond, et, illusion de l'obscurité, je le vois peu à peu se rapprocher, tanguer.
J'ai l'impression d'être sur une barque, en pleine tempête; illusion due à la fièvre, surement. Au travers de la fenêtre close, entre les rideaux blancs et longs, un fin rayon de lune éclaire mon visage perdu.
J'imagine que je vais mal. Je vais surement très mal, même, puisque je suis à l'hôpital.
D'ailleurs, je crois que jamais je ne me suis sentie aussi faible. A l'intérieur, je veux dire. Mes blessures physiques ne sont rien. Rien qu'une futile complication. Mais le c½ur, ça, c'est beaucoup plus grave. Je me demande même si je guérirais un jour de cette blessure.
Vous ne voyez en moi surement qu'une petite égoïste qui rumine ses malheurs, mais je n'ai plus la force d'être optimiste. Je suis vidée. Mais pouvez vous seulement comprendre cela ?!
Passons outre ce malaise. Essayons d'oublier mon mal-être, voulez-vous ?
Pour passer le temps, pour m'oublier moi même, peut être, je vais vous parler de moi - sujet de conversation très intéressant, me direz vous.
Je m'apelle Mélanie. Mélanie Rivet, pour être plus précise. J'ai 15 ans, depuis le 13 janvier.
Vous voulez certainement savoir pourquoi je suis là, vulnérable et presque morte, sur ce lit d'hôpital? Je ne sais ce qu'il va m'en couter, mais je vais vous le dire.
Ou plutôt, vous le raconter.
Je fais du cheval. Je fais
ais du cheval. Depuis mes 4 ans, plus exactement. En fait, j'ai toujours vu dans l'équitation ce que j'espérais de la vie; de l'espoir, de la compréhension, du bonheur. J'étais plutôt douée; du moins, d'après mes moniteurs. Je montais dans un centre équestre merveilleux, «Les Ecuries de Stormheart». Stormheart, ça veut dire le Coeur de la Tempête.
J'étais heureuse, très heureuse; au collège, tout était bien, au lycée, ça allait aussi. Enfin, pour les deux mois que j'y ai passé avant de me retrouver ici.
J'avais - j'ai toujours, d'ailleurs - des amis fantastiques, plus particulièrement mes deux meilleures amies, Laura et Emma. Mais bon; passons, je ne vais pas vous raconter ma vie, non plus.
Tout a commencé le jour de mes 14 ans; il y a donc plus d'un an et demi, puisque nous sommes le 26 Novembre 2009. Ce jour là, je n'aurais jamais cru être aussi heureuse. J'ai reçu ma vie en cadeau, cette année là; j'ai eu ce que j'avais toujours rêvé, ce que tout cavalier aurait voulu. Vous l'avez certainement deviné; j'ai eu un cheval. Un cheval merveilleux, fantastique, magnifique. Il s'appelait Price, Price avec ses yeux marrons vifs et sa musculature de jeune selle français de 4 ans. «A peine débourré» avait précisé ma mère, qui n'y connait absolument rien en chevaux.
Price, je l'aimais, mon Coeur. Je m'en occupais tout les jours, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige. J'avais fait beaucoup de progrès avec lui. Je lui avait tant appris; les pas de côté, le petit galop, et même la révérence. Il m'avait tant donné.
7 Novembre 2009. Price et moi, en ballade, il faisait exceptionnellement beau pour une soirée d'hiver. Il avait 5 ans. Et tout a dérapé. J'en pleure, j'en pleure encore, sur mon lit d'hôpital, en vous contant cette histoire. Il a eu peur, je ne sais de quoi. Il a trébuché, fait un écart, il s'est cabré. Moi, j'étais à terre depuis un bon moment, inconsciente, je crois, puisque je ne m'en souviens plus. Mais j'ai appris... Ma mère m'a dit que mon Beau Price, le Brave, Price la beauté avait été terrorisé par quelque chose, et, hystérique, qu'il avait heurté de plein fouet un... une clôture de barbelé. On avait abrégé ses souffrances... Et accentué les miennes.
Price est mort. Et je suis morte aussi, du fait.
L'infirmière arrive. Elle a du deviner que quelque chose clochait, car elle s'agite autour de moi. Moi, je ne voit qu'une silhouette floue, ma vue est brouillée par mes larmes. Je pleure, je ne peux plus m'arrêter, j'ai mal. Enfin, je sens le produit faire son effet. Le somnifère me plonge dans un sommeil forcé, sans rêves et sans souvenirs.